CAVALE

Cavale, le premier titre éponyme du 9ème album studio de Cali sorti le 13 mars 2020. Chanson composée avec Augustin Charnet, compositeur, réalisateur… la chanson est un message à une ex sur le point d’en épouser un autre. Un texte plein de nostalgie et de souvenirs, lui aussi a refait sa vie. On y retrouve le passé de Cavale et Slim les Héros de Cowboy Mouth.

En effet, Cali et Augustin se sont inspirés de la pièce de théâtre Cowboy Mouth réalisée en 1971 par l’acteur réalisateur Sam Shepard et la chanteuse poète et photographe Patti Smith. Cette pièce se situe dans le New-York du début des années 70. En pleine rue, Cavale ( Patti Smith) kidnappe un homme, père de famille, avec une gueule de cowboy, Slim (Sam Shepard).

Cali a joué cette pièce en 2014 au théâtre de la Gaîté Montparnasse avec Marie Baraud.

« Cavale ça veut dire s’échapper » est la dernière phrase de la pièce Cowboy Mouth mais aussi le titre de son second roman…

Cali utilise de multiples supports et va jusqu’au bout de son art et de sa poésie pour s’exprimer.

Parait que tu t’en es sorti
Que t’es toujours aussi jolie
C’est un bon gars qu’est avec toi
J’ai entendu ça, j’ai entendu ça


J’ai hésité longtemps mais je t’écris
Moi j’ai pas pu quitter Paris
J’aime toujours pas cette ville
Tu vois, qu’est-ce que j’aimerais pas mourir là


J’ai arrêté de boire tu sais
Ça fera 1 an le 14 janvier
Je vois des gens qui m’aident, c’est extra
J’ai une vraie famille autour de moi


Parait que tu vas te marier
Est-ce que tu m’laisserais t’envoyer
Un petit quelque chose, c’est trois fois rien
Mais si tu veux bien moi j’y tiens

J’ai retrouvé les chaussures qui te plaisaient
C’était les rouges, j’pouvais pas me tromper
Ton sourire ce soir là m’a mis à genoux
Devant cette vitrine on était comme des fous


Tu voulais faire de moi une star du Rock’n’Roll
Moi j’étais hanché sur la colle de cowboy
Le premier soir où j’t’ai emmené diner
J’ai su que pour toi j’pourrais tout quitter

Est-ce que tu boittes encore mon p’tit corbeau sauvage?
Est-ce que dans ton ventre y’a toujours cette rage?
Ça t’rendait jalouse les gens qui s’tuent
Moi j’t’aimais même quand j’avais trop bu


A Paris le ciel est toujours enrhumé
Y’a même plus d’lune vers qui hurler
Je repasse des fois devant notre Chelsea

Ça m’fait plus mal, j’ai une autre vie
Tu verrais comme il est beau mon garçon
Il ramène plein de bonnes notes à la maison
J’aime ma femme, elle a su étrangler
Les fantômes qui voulaient me noyer


Est-ce que tu lui as raconté à lui aussi
Que t’as jamais pu devenir ce cygne pourri?
J’ai jamais pu relire le vilain p’tit canard
Elle est vraiment tordue cette putain d’histoire

Tu me manques mon bébé
Tu me manques à en crever
Ce soir je cherche ton rire, tes larmes
Qui glissaient sans prévenir
Woh-oh-oh-oh-ooh


Peut-être que les rêves que tu avais pour moi
Ils étaient pour toi
Cavale
Ils étaient pour toi
Ils étaient pour toi
Cavale
Ils étaient pour toi

Voilà je te souhaite d’être aimée
Je te souhaite une vie loin des gueules cassées
Je s’rai toujours ton slim mais n’oublie jamais
Cavale, ça veut dire s’échapper

Je te souhaite à mon pire ennemi

Chanson de l’album « Menteur » sorti en 2005 et premier titre du premier album live « Le bordel magnifique » de Cali , sorti le 2 octobre 2006, enregistré à Lille.

Encore une fois Cali règle ses comptes.  Pour en venir à écrire des mots si puissants il faut  avoir énormément souffert. C’est une chanson défouloir, pleine de haine, sortie de ses tripes. Une première écoute suffit pour comprendre.  Elle déborde de tristesse. Le verbe est cru,  les mots sont très forts et les phrases plus cruelles que jamais. La souffrance est ressentie à chaque instant. 

la musique qui est aussi violente que le texte, très électrique.

Jean-Claude Maes,  psychologue et psychothérapeute à Bruxelles, spécialiste de l’emprise , de la perversion narcissique et des sectes, a repris le texte de cette chanson pour introduire le chapitre 5 « Après la sortie » de son livre « D’amour en esclavage : Ces relations qui font mal »…. 

http://https://www.youtube.com/watch?v=3lypEelW-RE

Je te souhaite à mon pire ennemi
Oh oui je t’imagine agrippée à son bras
Prête à éventrer à tout moment
L’espèce de bout d’amour
Qu’il essaie de construire

Pardonnez-moi de rire
Mais j’imagine ce type
Enveloppé dans sa détresse extrême
Ressassant toutes les manières
De se foutre en l’air

Te traînant à son bras
Laide la bave aux lèvres
Comme un pitbull sans muselière
Je te souhaite à mon pire ennemi

Je voudrais presque le sauver
Lui tendre la main le réconforter
Lui dire combien je sais qu’il souffre
et qu’il n’a pas fini de mourir plusieurs fois

Tes doigts sont des couteaux
Tes yeux des lance-flammes
Alors je l’imagine s’extirper en lambeaux
De ce qu’il te reste de charme

Je te souhaite à mon pire ennemi, je te souhaite à mon pire ennemi, je te souhaite à mon pire ennemi…

Lentement je le vois chavirer
Lentement l’entendre sombrer
Se noyer dans l’océan de larmes que tu lui auras tiré
Le voir vieillir et se ratatiner
A chercher la sortie
Qu’il ne trouvera jamais
Je te souhaite à mon pire ennemi

Je te souhaite à mon pire ennemi, je te souhaite à mon pire ennemi, je te souhaite à mon pire ennemi…

Je veux le voir souffrir sous le souffle gris de ta perversité
Je veux le voir mourir comme tu m’as tué
Et je veux qu’il avance épuisé harassé le dos voûté
Dans le bourbier de ses remords
Qu’il se demande pourquoi ce jour-là il t’a ramassée
Je veux le voir mourant et les paupières tristes
Qu’il se demande encore

Je te souhaite à mon pire ennemi, je te souhaite à mon pire ennemi, je te souhaite à mon pire ennemi…

Je veux le voir brisé
Que le diable l’emporte
Je suis le veuf d’une traînée
Qui n’est pas encore morte

le grand chemin

« Le grand chemin », chanson de l’album « l’âge d’or » produit par David François Moreau en 2015.

Cali prend plaisir à côtoyer ses idoles de jeunesse.  Mike Scott des Waterboys intervient sur la chanson « List of Lies » de l’album « l’espoir ». Patti Smith a partagé la scène avec lui avec « Smell like teen spirit » en 2008 dans l’émission Taratata… là, il interprète cette chanson avec  Jimme O’Neill chanteur mythique du groupe « the silencers »

Pour Cali, Jimme O’Neill est un mythe, un dieu vivant. Toujours déterminé à réaliser ses fantasmes, il lui a proposé de chanter avec lui. Ce n’est pas un hasard.  L’univers musical Celte du nord de l’Europe a profondément influencé l’artiste.

Tout deux nous embarquent dans une histoire retraçant les moments heureux de l’existence avec l’envie de poursuivre le chemin… Comme toujours, le volcan de Cali explose avec la voix rugueuse de l’Écossais et la musique Celto-rock de cette ballade. 

Dans cette chanson il fait référence à une autre de ses idoles, Bruce Springteen, le Boss. A quand le duo ? 

Jimme O’Neill  et Cali ont chanté pour la Pop Rock Party au Galaxie d’ Amnéville le 22 décembre 2012, au Maggic Mirror Festival Mythos à  Rennes le 5 Avril 2012, aux déferlantes en 2017.

Ils ont interprété le grand chemin à « l’étage«  à Rennes en mai 2015. Un grand moment…. 

You are still my bride, we’ve the light inside,
It’s the act between Venus and Mars

Chérie, ramasse to sourire
Nous partons tous les deux vers très loin
Chérie, mets ta belle robe rouge
Et lâche tes cheveux, t’es mon petit Indien

Chérie, on va faire comme avant
Comme avant les enfants, quand on s’est ramassés
Chérie, on boitait tous les deux
Et au fond de mon ventre, t’es venue te nicher

Je vais t’emmener là-bas, ce soir la nuit nous appartient
Je vais t’emmener là-bas, c’est au bout du grand chemin

And the road it shines, lines of matrix signs
That are signalling love to the stars
You are still my bride, we’ve the light inside
It’s the act between Venus and Mars

Chérie, c’était à l’arrêt de bus, à la sortie du concert de Bruce
Il nous en a fait lui du bien
Chérie, sans un mot sans rien dire, J’ai ramassé ton sourire
Tous les deux on savait bien

Je vais t’emmener là-bas, la vie nous a volé presque rien
Je vais t’emmener là-bas, c’est au bout du grand chemin

And the road it shines, lines of matrix signs
That are signalling love to the stars
You are still my bride, we’ve the light inside
It’s the act between Venus and Mars

Chérie, t’as les mains sur les hanches sur le pas de la porte
Tu sais que ça me tue
Chérie, et sous ta robe rouge y’a mon rêve qui bouge
Je t’aime comme au début

On va s’aimer encore là-bas, tu m’en as fait toi du bien
On va s’aimer encore là-bas, c’est au bout du grand chemin

And the road it shines, lines of matrix signs
That are signalling love to the stars
You are still my bride, we’ve the light inside
It’s the act between Venus and Mars

And the road it shines, lines of matrix signs
That are signalling love to the stars
You are still my bride, we’ve the light inside
It’s the act between Venus and Mars

You are still my bride, we’ve the light inside
It’s the act between Venus and Mars

Mes vieux cinglés

Mes vieux cinglés, deuxième titre de l’album « Vernet les bains » paru en 2012. Titre en guitare voix.

C’est un texte qui fait mal. Cali, à la première personne du singulier livre une vision déchirante de l’enfance . Il se met dans la peau d’un enfant qui regarde ses parents se déchirer.

Il a expliqué que c’est sa fille qui lui a suggéré cette chanson. Elle lui a raconté qu’un petit garçon de sa classe n’était pas bien et faisait tout de travers et il a imaginé ce que pouvait être l’ambiance chez lui…

Les enfants ne choisissent pas et on ne doit pas leur faire vivre cette situation, ne pas leur offrir une ambiance de guerre. La violence est un sujet récurrent dans les textes de Cali. Parler de la violence pour la dénoncer, briser le tabou…

Le réalisateur Anglais Zack Spiger  a réalisé le clip avec une ambiance très cinématographique.

Fichez-moi la paix, mes vieux cinglés,
ne me courez plus après,
Ne cherchez pas à me revoir,
Fichez-moi la paix
.

Je vous laisse mes vieux cinglés,
Bourrez-vous la gueule tant que vous voudrez,
Battez-vous, cassez tout
Ce que vous pouvez.

Je ne veux plus en être
Mes vieux cinglés,
Vous étiez mes parents,
Et je me suis allongé
Tous ces soirs en entrant

De l’école dans votre maison,
Ma petite chambre, ma prison,
Mais je ne peux plus non.

Fichez-moi la paix, mes vieux cinglés,
Brûlez tout les bouts de moi qui traînent encore,
Tout les souvenirs, mes anniversaires ratés,
Où vous vous battiez encore.

Brûlez tout, moi je l’ai déjà fait,
Quand vos insultes volaient comme des pierres
A travers la maison , mes vieux cinglés

J’ai eu ma dose de mal au ventre
Quand vous hurliez, quand vous hurliez,
J’ai tellement prié pour me réveiller dans un autre lit.

Pourquoi les gens hurlent et se blessent ?
Pourquoi ?
Un enfant ne devrait pas se poser
Ces question là.

Lui : « elle est folle ! »
Elle : « il va me tuer! »
Brûlez tout mes vieux cinglés,
Moi je l’ai déjà fait.

Un enfant a besoin près de son petit lit
D’une lumière tendre,
Et au bord du sommeil, d’une histoire
Qui se termine dans l’amour,
Qui se termine dans l’amour.

Sans toi

Chanson de l’album « Fictions » de Jane Birkin. CD Paru le 20 mars 2006.

Dans « Sans toi » on reconnaît immédiatement la plume de Cali… Dans son album « menteur » il avait déjà dédié une chanson à Jane Birkin « Pour Jane »

Tu vois, tu vois
Toutes ces journées sans toi
Ne servent à rien
Elles passent et puis voilà
Crois-moi, crois-moi
Toutes ces journées sans joie
Et toi comme un miracle
Qui n’arrive pas
Tout ce que je voulais
De beau pour toi et moi
C’est de la porcelaine
Qui vole en éclats
Tout ce que je voulais
De beau pour toi et moi
Et tous ces petits bouts
Qu’on ne retrouve pas
Reviens, reviens
Ou je me fous en bas
Ce n’est pas du chantage
Mais ça dépend de toi


Crois-moi, crois-moi
Crois-moi je ne mens pas
Si tu voyais mes cernes
La nuit je ne dors pas
Chaque jour sans amour
Rabote un peu de moi
Y’a des pelures dans tous les coins
Ma vie en petits tas
Tu m’as confié ton ombre
Mais toi tu n’es pas là
J’ai le brouillard de l’ombre
Sous chacun de mes pas

Tu vois, tu vois
Toutes ces journées sans toi
Ne servent à rien
Elles passent et puis voilà
Voilà , voilà
Que me revient tout ça
Ces journées, fous d’amour
Accrochée à ton bras
Six mois c’est long
Sans nouvelles de toi
Peut-être que je te manque
Mais je ne le sais pas
Six mois, six mois
Ça fait déjà six mois
Que je perds les pétales
Reviens-moi, reviens-moi

Et surtout ne sois pas heureux
Non, surtout pas sans moi
Puisses-tu finir pute, mal marié
Très seul et tout en bas
Tu vois, tu vois
Toutes ces journées sans toi
Ne mènent à rien
Je fais n’importe quoi
Sans toi


Je regarde mes 17 ans

Chanson de l’album « la vie et une truite arc en ciel qui nage dans mon cœur » sorti en 2010.

Cali se rappelle ses 17 ans, il se dit jaloux des jeunes de 17 ans, ils ont tout l’avenir devant eux, l’éternité…

C’était mieux avant même si beaucoup de gens disent qu’avec l’âge, on acquiert la sagesse. La sérénité n’est pas un aboutissement.

Cette  période de l’existence on l’on découvre la vie est magique. 

pendant l’un de ses concerts, à l’occasion de « je regarde mes 17 ans », Cali fait monter sur scène des dizaines de jeunes de 17 ans. Un moment très émouvant. 

Dans son deuxième roman « Cavale ça veut dire s’échapper », nous retrouvons également Bruno, à l’aube de l’âge adulte, en pleine adolescence. C’est le moment où l’on se construit, où l’on se pose des questions. Cali nous transporte  dans son jeune âge, les premiers doutes, premiers émois, les conflits, les projets…

Les textes des chansons et les romans de Cali sont très complémentaires.

Je regarde mes 17 ans
Et c’est un grand coup de genoux dans le ventre
Je regarde mes 17 ans
et c’est un crochet sur le menton et le coude en suivant
qui vient s’écraser sur mon nez, je regarde mes 17 ans
et tous ces coups de pieds dans mon ventre
Je regarde mes 17 ans
Je supplie à quatre pattes, KO, amoché, vieux
Et tous ces jeunes culs qui dansent pour les autres
ceux qui ont 17 ans et la vie devant eux
Je regarde leurs 17 ans et cette procession de sourires éternels
Et si j’avais du cran, je planterais ce canon dans ma bouche
Mon dieu tu étais belle.

Je regarde mes 17 ans
et je voudrais noyer la presque morte qui ronfle en me tournant le dos
Je regarde mes 17 ans
et je voudrais pleurer car je ne suis plus sûr,
car je ne suis plus beau
je me souviens des mains posées sur mon corps neuf
un corps de 17 ans qui s’offrait à la vie
je me souviens du môme, fiévreux dans le miroir
brandissant à l’Amour le drapeau de la vie
je regarde mes 17 ans
Je regarde jaloux mes 17 ans gémir
Je regarde jaloux vos 17 fleurir
Je regarde jaloux mes 17 ans gémir
Je regarde jaloux vos 17 ans fleurir
Je tuerais pour tout ça, je tuerais pour tout ça
Je tuerais pour tout ça

La courageuse

« La courageuse », fait parti du livre « Brigadistes ! » sorti à  l’occasion du 80ème anniversaire de la création des brigades Internationales. Celui-ci est composé de textes écrits par des auteurs, des compositeurs, des interprètes, des cinéastes, des dessinateurs de BD, et autres personnalités. Tous ayant été amené à croiser le chemin des Brigades internationales.

Lorsque les Franquistes prennent le pouvoir, la famille Caliciuri, doit de s’exiler. Ils quittent ainsi l’Espagne pour rejoindre la France. Une histoire que nous pouvons retrouver dans deux chansons, « L’exil » et « Giuseppe et Maria ».

Cali a imaginé la lettre que sa grand-mère, Maria del Pilar Gonzalez Veladol, a écrit au camp de Saint-Cyprien alors que son mari Guiseppe Caliuciuri, lieutenant de la XIIème Brigade du groupe Anna Poker était interné aux camps de Gurs puis d’Argelès-sur-mer.

Des étudiants en littérature ont travaillé sur cette lettre qui, si nous nous référons  aux témoignages recueillis par les historiens, semble très proche de la réalité.

Malgré la gravité de la situation cette lettre est pleine d’espoir, de vie, de rêve. Elle est surtout rempli d’humanité.

« Je rêve, oui je rêve. Que tu es là, debout au pied de ma couche. Mon beau soldat aux yeux si clairs. Je rêve, oui je rêve.  Et je vois l’Italie que je ne connais pas.

Je rêve, oui je rêve, tu es là, tu souris, mon beau brigadiste aux yeux si verts. Et tant pis pour l’Espagne, elle nous aura mariés, mais elle nous a tout pris. Il fallait s’en aller.

Je rêve oui je rêve,  dans cette laide baraque qui ronfle tout autour. Toutes ces femmes sans homme qui rêvent comme moi. Rêver pour seul secours. On leur a tout volé elles aussi. On ne leur prendra pas leur rêve cette nuit.

Je rêve que tes mains se posent sur ma peau. Une caresse maintenant, juste une caresse, j’en crève. Relève ma nuisette, viens te coller à moi, mon beau soldat debout, aux yeux si loin. Et ton corps si fort qui vient couvrir mon corps. Je suis si fatiguée et mes mains sont si laides. Un jour j’en prendrai soin. Tu pourrais me briser, je ne pèse plus rien. Regarde notre amour qui vole au dessus. Regarde. Tu m’en as fait toi du bien. Je ne regrette rien. Ni la faim, ni le froid, ni notre enfant qui dort juste à côté de moi. Il te ressemble tant. Je ne regrette rien, tu es l’homme qui me plaît, tu es l’homme que j’aime. Ils ne prendront pas ça. Nous avons traversé les montagnes hostiles et la neige et la route qui ne terminait pas. Nous avons traversé. Et la mer juste là sera un jour si belle. Mon amour si tu pouvais le voir, ton enfant comme il dort. Et comme il ne sait pas encore que le monde peut-être cruel. Mais non , ce monde n’est pas définitivement mauvais. Il ira, crois moi, vers le meilleur. Comme un enfant qui grandit et fait moins de bêtises. J’en fais le serment. Notre enfant est notre tout. Comme ses mains sont les tiennes ! et sa bouche et ses yeux! Je jure elle sera belle sa vie .

Je t’écris du fond de ce dortoir puant, où des corps fatigués gémissent et se serrent et ce gardien perdu qui se racle la gorge juste là derrière. Lui aussi il a froid et loin de sa famille il me fait de la peine. C’est drôle, son fusil ne me fait plus peur. L’autre jour, il m’a tendu son pot de lait. « Pour votre bébé », il a dit. Te rends-tu compte ? Vois-tu comme tout n’est pas si irrécupérable ?

Mais je rêve, je rêve et il me reste ça, ton sourire, mon soldat, et tes mains sur mon corps. Sous ce tissu marron, qui me cache un peu, nous nous serrons si fort. Je sens Le Bon Dieu qui n’existe plus et qui est là pourtant.

La-bas, à l’autre bout de la baraque froide, un bébé accroché au sein de sa maman. On dirait un chaton qui mordille un gant. Elle aussi elle rêve. Je vois ses yeux jetés par un bout de fenêtre, vers le loin de la mer. C’est sûr, elle a aimé.

Je souris doucement et puis ne m’en veux pas. Je suis sûr que là où tu es tu souris toi aussi. Avec d’autres fantômes, comme toi prisonniers, partageant vos mégots. Vous parlez de grand jour et de passionnaria…Et de Franco la muerte.

Tu sais, j’ai encore confiance en l’homme cette nuit. Je sais que grâce à nous et notre tragédie le futur sera beau. Il n’y aura plus d’exil. Tous ces gens malheureux. Plus de désespérés. Ces peuples égarés sur le bord des routes. Grâce à nous mon chéri.  Grâce à toi mon mari chéri. Le monde sera beau. Te rends-tu compte ? Je souris encore. Et puis je le redis, cet enfant qui dort là, juste là, juste à côté de moi, aura une belle vie, je le crache par terre.

Je rêve, oui je rêve. Pitié, que cette nuit jamais  ne s’arrête. Et que mes doigts gelés trouvent encore la force de serrer ce crayon. Je veux sentir  encore ta peau contre ma peau, mon beau soldat si fier, mon héros aux yeux clairs. Pose encore tes mains tout le long de mon corps. Mon corps, il est à toi. Et Je veux d’autres enfants. Car ses enfants de toi sont toute ma fierté. Et seront la fierté du mon de demain. Je crois en l’amour, alors j’ai foi en l’humanité c’est ça ?

Et dans ce pays neuf que l’on ne connaît pas, nous allons repartir. Nous allons tout reconstruire. Et puis je suis si fière de ce nom que tu m’as offert, Caliciuri…Il est de tous les pays, il est du monde entier, il me rend si jolie.

Le vois-tu toi aussi notre prochain refuge ? Cette ville ensoleillée avec sa grande rue et ses grands magasins ? Ah, nos enfants… je tiendrais leurs petites mains pour aller à l’école. Il n’y aura plus rien d’autres que cette vie devant. Dans leurs plus beaux habits, comme ils seront délicieux. Le vois-tu ce chemin qui mène à l’école et ces gens tout autour qui nous saluent, accueillants, et l’odeur du printemps ? Comme je serais fière ! Ils apprendront tout ! Oh ! Ils vont étudier, passionnément, goulûment ! cette langue nouvelle comme ils vont l’adorer ! Ils apprendront tant ! Jusqu’à la liberté ! Oui, je leur souhaite des poèmes et des chants d’amour. Et puis à l’heure d’éteindre leur petite lumière le soir ils me supplieront encore. « Un petit peu, maman, encore, s’il te plaît, une dernière page… » Ils voudront tout lire, tout lire tout de suite, tous les livres du monde.

Et les enfants de nos enfants ? As-tu pensé à ça mon amour ? Nous serons leur havre, leur repère. Et un jour ils sauront qu’il y avait de la neige et puis ce long chemin pour venir jusqu’ici. Oh, ce bébé qui dort juste à côté de moi, il fallait qu’il soit si fort pour s’accrocher à vivre ! Quand nous l’avons poussé dans sa brouette en bois en guise de landau pour passer la frontière, t’en souviens-tu ? Bien sûr tu te souviens ! Suis-je Bête ! Jamais nous n’oublierons. Nous lui avons parlé pas après pas. Tout ces mots de courage qui nous auront aidés à marcher nous aussi. Et tu lui as chanté l’Espagne et l’Italie. Je sais qu’il comprenait et qu’il sentait le souffle de cette vie meilleurs. Celle qui nous attendait au bout de cette route, nous et tous ces milliers.

Il est là notre bébé, notre futur, et il vit. Demain les nouvelles seront bonnes et nous seront ensemble. Mon beau soldat aux yeux si verts. Caresse-moi encore, tu me fais tant de bien. Grâce à toi, grâce à nous s’ouvre un futur radieux. Il n’y aura plus jamais jamais de familles égarées qui quittent leur pays. Qui laissent leur maison, Qui brûlent leur passé. Leur enfance. Qui laissent leurs racines. Qui abandonnent le sang de leur sang. Et ces églises où l’on se mariait. Et ces cimetières et leurs morts adorés qu’on fleurissait. Il n’y aura plus ces troupeaux de désespérés qui suivent un chemin dans la neige et le froid et le bruit des canons.

Je m’accroche à ta main. Quand ils m’ont arrachée la tienne les hommes d’un côté et les femmes de l’autre, j’ai vu ton regard noir, j’ai vu tes points serrés. Eh bien, vois-tu, ces poings seront toute ma force !

Oui, tu m’as tout donné à cette instant. Je ne lâcherais rien. Ces poings que tu serrais mon homme, ces poings sont dans mon coeur. Oh ! Mon amour. Tu es l’homme qui me plaît, tu es l’homme que j’aime, s’il te plaît reviens-moi, je t’attends, courageuse. »

 

Cavale ça veut dire s’échapper

Cavale ça veut dire s’échapper « extrait »

CALI

Sortie le 14 mars 2019 éditions « le cherche midi »

« Bruno, 15 ans,  entre dans l’adolescence comme si demain était son dernier jour, en cavalant. Bruno prend tout, s’immerge dans la violence des émois qui déterminent cet âge-là, et nous nous prenons à cavaler avec lui. Cavale se déroule fiévreusement et s’ancre dans nos esprits comme le reflet de nos jeunesses passées, et c’est tout l’art de Cali que de savoir nous les faire revivre au travers d’un ton et d’une voix d’une justesse absolue. »  (Agence littéraire CGR)

Cali « Cavale »

« On ne comprenait pas tout, mais à nos âges tout explosait autour et on ne demandait qu’une chose, exploser avec. »

« Un instant, j’ai voulu vous suivre, vous voir, respirer ce que j’aurais dû respirer. Mais je suis resté sur la pente. J’ai pleuré, pas fort non, mais ruisselant à l’intérieur. J’entendais des gouttes tombées de très haut, une à une, au fond de mes entrailles  déchiquetées. Mon ventre pleurait et mon coeur hurlait, comme quand un coeur hurle à la fin du tout. Est-ce qu’on meurt d’amour ? »

« C’était beau, je jure que c’était beau comme Babylone. Nos yeux qui dansaient là autour de la table  de notre bar favori, autour de ce projet de vie, d’amitié de fraternité. Nos coeurs qui hurlaient dans cette forêt broussailleuse, hasardeuse, qu’on appelle l’adolescence. Plus rien autour. Seule la meute prête à mordre. Pas une fille pour nous aider à souffrir, rien. Juste cette bande de jeunes déjantés de quinze ans. »

Pauvre garçon

Chanson de  « Menteur », deuxième album de Cali, sorti en 2005.

« Pauvre garçon » est un duo avec Daniel Darc , chanteur de Taxi Girl, puis chanteur solo.

Cali  avait contacté, la chanteuse, poétesse, écrivaine et peintre Patti Smith pour ce duo, mais ça n’a pas pu se faire…

Les deux protagonistes de ce duo sont très complémentaires autant pour la voix que pour le style.

La musique est construite sur des riffs de guitares jouées par Matthieu Chedid et Hugo Baretge.

Daniel Darc a également participé à la tournée  « Les aventuriers d’un autre monde » en 2007.

En son hommage Cali a enregistré une reprise poignante de  « Soit sanctifié« ,  écrite par Daniel Darc en 2011.

Est-ce que tu vas mieux maintenant
Que tu ne m’as pas dans les pattes tout le temps
Et la vie et ta vie
Est-elle plus belle comme ça
Juste depuis
Que je ne rôde plus autour de toi

Tu n’es pas ma mère
Ne le répète plus
Je le sais trop
Et tu ne veux plus attendre que je t’attrape la lune au lasso
Et la vie et ta vie
Est-elle plus belle aujourd’hui
Que tu m’as jeté que tu m’as chassé comme le pire de tes ennuis

Refrain
Pauvre Garçon
Pauvre Garçon
Pauvre Garçon
Pauvre petit con

Maintenant que tu sais à peu près tout
Que je ne vaux pas vraiment le coup
Je ne cognerai plus ta tête contre le mur ne m’en veux pas
Je voulais juste que tu t’occupes un peu plus de moi

Refrain

Peut-être tu ne te tailleras même pas le bras
Si tu entends quelqu’un d’autre m’aimer
Quelqu’un d’autre danser
Tout au fond de moi

T’ai-je donné l’amour si mal que ça ma chérie
C’est à dégueuler de vous imaginer les yeux fermés vers une même nuit

Je pourrais sauter dans le vide
Pour t’impressionner
T’imaginer ces quelques instants me regarder tomber
Et si cette fois pour une fois
Tu ne mentais pas
Te voir si belle de tout en bas

Refrain

 

 

 

 

 

Poppée

« L’Âge d’or » , sixième album de Cali dont le titre est un hommage à la chanson de Léo Ferré

La chanson Poppée est dédiée à sa deuxième fille.

C’est une chanson douce,  rafraîchissante, émouvante.

Cali décrit ici, avec une grande poésie, le fait de découvrir un nouveau né, l’extase d’un papa à l’arrivée d’un nourrisson dans sa vie.  En écoutant ce morceau, nous pouvons imaginer  le bonheur du père, à genoux, devant sa princesse.

Le son du  piano (enregistré par Steve Nieve) est assourdi, cotonneux. Il fait bien penser au bonheur familial dans lequel elle arrive.

Juste avant dans l’album, nous pouvons écouter l’instrumental « Poppée in utero » que David François Moreau, le réalisateur de l’album, qui est compositeur de musiques de films et de ballet,  a écrit comme une bande originale d’échographie. Dans ce morceau nous pouvons, en autre, entendre chantonner  Coco, première fille du chanteur.  Coco qui chante en duo avec son papa la chanson de l’album qui porte son nom.

« Poppée » est suivie de la dernière  chanson de l’album :  l’âge d’or qui décrit le rêve du renouveau. C’est une des rares chansons de Léo Ferré très positive.

T’as l’visage qui plie comme un bandonéon
Quand tu souris aux anges t’es si belle j’suis si con
Poppée
T’as l’visage qui s’ouvre comme la mer y a longtemps
Quand tes brillants découvrent
Ce soleil qui est si grand
Poppée
Toi t’as planté ton camp entre tes deux parents
Dans un lit bien trop grand où deux vieux paresseux
Poppée
S’endorment juste avant d’être encore amoureux
C’est pas qu’tu prends d’la place dans ton lit tu s’rais mieux
Poppée
Cet amour qu’était là au bout de notre fusil
J’étais prêt à tirer, je jure qu’elle aussi
Poppée
Et puis t’es venue donner à boire à nos chevaux
Dans cette nuit sans lune au bout de notre rouleau
Poppée
Quand je plante mon nez dans ton cou ma Poppée
Comme dans un verre à pied
Je renifle l’odeur de ta robe fruitée
Et ça pique sous mes paupières Poppée
Et le bonheur qui coule alors dans mes ruisseaux
M’arrache à cet instant à cette vie de salaud
Toi tu marches à quatre pattes, moi je tiens plus debout
Dans tes cheveux en soie, y a du blond, y a du roux
Poppée
Y’ a la carte du monde dessinée dans tes mains
qui viennent se râper à ma barbe du matin
Poppée
Et sur ce ring doré où j’ai pris trop de coups
Je m’écroule mais je ne te lâcherai pas mon petit bout
T’es belle comme une prière, t’es belle sans l’faire exprès
J’te regarde à genoux, tu m’regardes étonnée
T’as le visage qui se plie comme un bandonéon
Quand tu souris aux anges t’es si belle je suis si con